Deuxième volet des aventures du cadre d’argent, BT93, l’agent perturbateur venu du monde de l’entreprise. Un nouvel album qui s’enracine dans le futur, délaissant les machines d’hier pour se déhancher sur les beats des robots de demain. Tout commence par un égotrip, “Moi, c’est BT93” qui pose la question : “Suis-je un artiste ?” tout en assurant avec humour « qu’il manque une dimension aux artistes qui n’ont jamais bossé dans un bureau ». Cet humour pop art pourrait sortir tout droit d’un disque de Jacno. La filiation est naturelle, puisque BT93 travaille sur ce premier titre du disque avec le génie du hip-hop, Julien Barthélémy alias Stupeflip, qui en son temps faisait refumer du shit au pionnier de la French Touch. Et pour 2033 ? C’est la prêtresse Sainte Victoire qui réalise l’album et se charge, en collaboration avec BT93, des chœurs, des synthés et des arrangements. Si BT93 parle plus qu’il ne chante, c’est qu’il a beaucoup à dire. Après avoir brocardé le capitalisme et le monde de l’entreprise dans son premier album éponyme – réédition de 1993 avec la complicité de Frédéric Lo -, le voici qui décrypte le milieu du cinéma. “Les Altruistes”, titre vintage aux sonorités sombres, mélancolise un milieu dont la moralité et le conformisme écrasent trop souvent l’expression artistique. Il devient franchement insolent avec “CNC”, osant regretter qu’un cinéaste « tartine des tonnes de papiers » pour avoir le simple droit de créer. Il faut dire que BT93, Bernard Tanguy, a d’abord officié 10 ans dans le cinéma après avoir quitté le monde de l’entreprise. Réalisateur primé pour ses courts (Grand Prix Unifrance pour l’un, nommé aux César pour l’autre…), il sort son premier long métrage Parenthèse en 2016, une comédie subtile sur la crise de la cinquantaine dont la musique est signée… Stupeflip, avec entre autres talents Sophie Verbeeck, la comédienne et chanteuse de son autre projet musical, Hum Hum. On reste en famille. Le cinéma est un acteur omniprésent sur ce disque. L’hommage à François Truffaut, mort à 52 ans, “François I miss You” sur un piano romantique joué par Patrick Goraguer, le fils d’Alain, s’envole comme pour une chanson d’amour à un artiste qui avait, nous rappelle-t-il, pour principe moral de « se protéger de la morale des autres ». Des chansons d’amour, il y en a d’ailleurs plusieurs sur ce disque, comme l’entêtante “Tu m’as aimé” chantée en duo avec Sainte Victoire, creusant le sillon du BT93 lover entrevu sur l’album précédent. 1993, 2022, 2033… le temps boucle, BT93 revient et il est toujours le même, légèrement persifleur, mélancolique et romantique, et ses obsessions s’affichent sur un écran géant, celui de nos propres images.

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