Memoria, le dernier album de Carmen Villain chez Smalltown Supersound, s’ouvre sur des accords de flûte, comme des soupirs, qui viennent lentement remplir un vaste paysage sonore, invitant l’auditeur à ralentir et à entrer dans un état d’écoute profonde. C’est une introduction qui guide habilement l’auditeur vers un album de dub spectral et décéléré, qui scintille, grogne et s’évanouit au fil des sept titres organisés de manière narrative. À cet égard, Memoria reprend là où Villain s’était arrêtée avec Only Love from Now On (2022), bien que le présent album se concentre sur le son en tant que mémoire, et sur les souvenirs en tant qu’imperfections changeantes et non statiques. La répétition fonctionne comme un récit de la mémoire ; le traitement dégrade et remodèle le son, tandis que l’abstraction permet une sorte de libération par rapport à la linéarité. Inspirée par les écrits de Pauline Oliveros sur les sons rappelés intérieurement et inaudibles pour les autres, ainsi que par le film Memoria d’Apichatpong Weerasethakul sorti en 2021, Villain aborde la mémoire à la fois comme une faculté cognitive et comme une forme de composition, modelant des échantillons issus de ses propres archives pour en faire une introspection cosmique.

Poids 0,4 kg
Format