Avec Natural Selection, Florian Hecker s’éloigne de l’idée de récit unique qui animait ses précédents projets pour proposer un ensemble de neuf pièces issues d’explorations connexes. De moins d’une minute à plus d’une demi-heure, ces compositions partagent des modes de synthèse spécifiques et un même travail autour de la transformation timbrale, nourri par des réflexions sur la sélection automatisée de fichiers, la génération de bases de données sonores et l’hypothèse d’une cognition synthétique. Composé en parallèle de plusieurs projets multidisciplinaires — expositions autour de l’écoute machinique, expériences olfactives et reconstructions algorithmiques du son — l’album se veut pourtant l’un des plus accessibles d’Hecker. On y retrouve cette tension entre intensité, jeu et spéculation sonore déjà présente sur Sun Pandämonium ou Acid in the Style of David Tudor. Des fragments de glissandi créés avec l’appui du mathématicien Vincent Lostanlen se déploient en illusions auditives mouvantes, sans recours au simple renversement temporel. Entre vastes explorations immersives et pièces brèves servant de respiration, Hecker détourne outils d’analyse, réverbérations numériques et modèles mathématiques pour faire surgir spectres, rythmes émergents et espaces sonores « infinisés ». La pièce finale, M 35/36, étire cette démarche sur 35 minutes, dans un flux symphonique de textures instables et de fréquences fantomatiques, révélant une nouvelle étape dans l’art du compositeur à manipuler perception et matière sonore.
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