Pour son deuxième album, Le Projet, le quatuor parisien Fontaine Wallace aligne dix nouvelles chansons, qui font plus que confirmer l’essai et comptent sans nul doute parmi les plus abouties et émouvantes du répertoire de Nicolas Falez. Une voix chaleureuse, à la diction précise et précieuse, légèrement traînante, presque engourdie, la voix complice d’un confident, qui ausculte l’ordinaire avec une acuité extraordinaire, et qui parle du cœur comme d’autres parlent du nez. Ici, l’auteur-narrateur ne se donne jamais le beau rôle mais on saisit bien dès l’entame du disque que les situations seront toujours décrites avec une justesse et un sens de la formule remarquables. Falez n’a pas son pareil pour évoquer les grands mouvements du monde en décrivant les petits mouvements du cœur, à faire dialoguer l’universel et l’intime. Il est aussi beaucoup question de perdre et de se perdre, de trésors cachés et de (re)trouvailles. On y parle aussi de vieillissement, de résignation et d’acceptation, de regrets et de l’occasionnel pouvoir apaisant des souvenirs. Et si plusieurs morceaux sonnent comme des leçons d’humilité, ce sont des leçons reçues, jamais données, en cela le fantôme de Leonard Cohen n’est jamais loin. Derrière ces récits pluvieux et ces confessions poétiques, on trouve un groupe au sommet de son art, aussi à l’aise dans l’exercice de la popsong syncopée (« Point Polka ») que dans celui du road-trip lynchien (« Fougère »). Un disque où les doutes l’emportent sur les certitudes, la fragilité sur les fanfaronnades et où l’instabilité s’apprivoise plus qu’elle ne se dompte.
- Le Projet
- La chanson d’amour cachée
- Les Systèmes finissants
- Point Polka
- Tu débarques avec la nuit
- Dedalus
- Sous les radars
- Prends soin de ton amour
- Fougère
- Outre les mots
