On entre dans l’univers de La Reine Garçon par un puits de lumière dans lequel on croise une sorte d’apparition qui délivre entre deux murmures un message sibyllin et limpide à la fois : « Tu es la fille que je voulais être ». Le ton est donné, nous obligeant à lever le nez pour suivre les traces d’un couple en apesanteur, dérivant dans des paysages ouverts sculptés par la mer, le vent et les points d’interrogation, omniprésents sur les neuf morceaux que compte ce disque. Ce couple, c’est Fabien Guidollet et Delphine Passant qui abandonnent le costume de Verone, reléguant définitivement les figures tutélaires des amants maudits pour nous proposer une nouvelle aventure au féminin pluriel. Le chant principal et les chœurs se font l’écho d’une dualité dont les contours s’amenuisent au fil d’un dialogue permanent entre guitares acoustiques et harmonies vocales. Simplicité et sincérité sont les maîtres-mots d’un enregistrement qui s’est effectué dans l’effervescence de la création, le plus souvent en prises directes, tout en caressant la promesse d’une musique apaisante, servie par le son ample et généreux concocté par Jean-Baptiste Brunhes (Bertrand Belin, Facteurs Chevaux). Après plusieurs années de recherches stylistiques et d’expérimentations souvent audacieuses, les deux musiciens embrassent dans un même élan folk américaine, pop anglaise, chanson française, tropicalisme brésilien et folklore méditerranéen comme se le permettaient Donovan, Angelo Branduardi ou Marie Laforêt à la fin des années 60. La Reine Garçon revendique aussi une grande liberté dans le format de ses chansons (de 1 à 5 minutes) et ne se soucie guère de métronomie, préférant se faire accompagner par les percussions d’Alex Viudes (repéré chez Narrow Terence, Erevan Tusk, Fredda…) pour suggérer le relief d’un orage à venir (« Mon amour à la mer ») ou le chaloupé d’une bossa (« Et si demain »). De petites touches de glockenspiel, mandoline, piano, harmonica, guitare électrique vintage complètent ces structures légères, ourlées d’illusions sonores signées Naïm Amor et son violon polymorphe. Autre point de rupture notable avec le passé : les textes ! Fabien abandonne la formule du storytelling et joue ici la carte de la poésie naturaliste et de l’introspection, questionnant avec délicatesse mais insistance son identité profonde et notre rapport aux apparences (« Sous la neige »). Avec La Reine Garçon, on assiste à une véritable transformation en bord de ciel aussi bien humaine qu’artistique. En remettant en question les genres et les certitudes, Fabien et Delphine dessinent les contours d’un futur rendu vivable par la possible relation fusionnelle entre nature et humain, dignité et innocence, homme et femme.

  1. Tu es la fille que je voulais être
  2. Mon amour à la mer
  3. Sous la neige
  4. Et si demain
  5. Accepte-toi
  6. J’écope
  7. L’île
  8. La fille du vent
  9. Lalala

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