El Khat est nommé d’après la drogue à mâcher du Moyen-Orient. Il est vrai que la musique du groupe se fait de plus en plus addictive. Leur deuxième album, Aalbat Alawi Op.99 est un disque rempli de joies, où les mélodies entraînantes se succèdent. Aalbat Alawi Op.99 reflète la vision d’Eyal el Wahab, le leader du groupe qui a composé et arrangé la grande majorité de l’album. C’est un peu comme de la pop music, où l’âme de la musique se résume à quatre accords et une mélodie. La différence est dans l’expression. La musique d’El Khat regarde à la fois du côté de la tradition et vers l’avenir. El Wahab joue de nombreux instruments sur Aalbat Alawi Op.99, comme le dli et le kearat qu’il a construit lui-même. Menuisier-charpentier, il a commencé à créer des instruments il y a plusieurs années, en utilisant ses talents pour créer de la musique à partir d’objets jetés. Enfant de la diaspora yéménite, il a grandi à Tel Aviv et Jaffa, en Israël, cette pratique lui rappelle le pays d’origine de sa famille où même les déchets peuvent devenir des instruments. Eyal el Wahab s’est frayé un chemin dans l’orchestre andalou de Jérusalem en tant que violoncelliste, en autodidacte, après avoir fait la manche et ne sachant pas lire la musique. Il a appris le répertoire au fur et à mesure, à l’oreille, en s’initiant à la théorie musicale. Cela lui a donné une base solide. Mais son monde s’est ouvert encore un peu plus lorsqu’on lui a offert Qat, Coffee & Qambus: Raw 45s from Yemen, un disque de musique traditionnelle yéménite des années 60. Une véritable révélation ! Il a alors quitté l’orchestre pour construire ses propres instruments et monter El Khat. Aalbat Alawi Op.99 est un album de contrastes glorieux, de l’intense « Ala Al Ma » au titre éponyme qui clôt l’album. C’est une pièce qui ne comporte aucun instrument ordinaire. Tout est fait de métal, de plastique ou de bois. Ce morceau est l’incarnation de sa philosophie de récupération et de recyclage, une déclaration puissante ; pour lui, il était important qu’il soit à la fin. Comme toute la musique en 2020, l’enregistrement d’Aalbat Alawi Op.99 a été affecté par la pandémie mondiale.  Il était presque impossible pour le groupe de se réunir pour répéter ou faire l’album. Au final, ils ont enregistré séparément, en faisant tout par couches. Il a tout de même réussi à réunir un chœur de sept personnes chantant dans deux micros dans son salon. Puis, alors que le premier confinement du pays prenait fin, le processus a de nouveau été mis en suspens, quand deux membres du groupe sont partis vivre dans le désert pendant six mois, loin des téléphones et des ordinateurs. Ainsi, l’album n’a pas été achevé avant le printemps 2021, et ce qui en a émergé l’a surpris. Une fois que quelque chose a été mis sur papier, on a une idée de ce à quoi ça correspond, mais ça change quand c’est joué. Avec cet album, il s’est avéré qu’il y avait une grande profondeur. C’est un album rempli d’émotions, qui commence par l’appel solitaire du violon sur le morceau d’ouverture « Ma’afan », un morceau spectaculaire qui se construit sur la base d’un simple riff pour devenir quelque chose de majestueux, les percussions étant aussi puissantes que n’importe quel instrument mélodique, avant d’exploser dans un final de cuivres glorieux. C’est un point de départ époustouflant, qui donne un rythme qui ne cesse de s’accélérer. « La Sama » commence par des notes de piano sombres pour devenir une prière d’espoir. « El Khat « , comme il se doit pour une chanson portant le nom du groupe, nous accueille à l’aide d’un groove épais et séduisant alimenté par la basse et les percussions, avec un travail de guitare brûlant. Alors que le dernier album, Saadia Jefferon, avait vu Eyal el Wahab apporter une réinterprétation funky et psychédélique aux chansons traditionnelles yéménites qui l’avaient électrisé lorsqu’il les avait entendues pour la première fois, ce disque est presque entièrement rempli de ses propres compositions, quelque chose de proche et de personnel qui se tourne constamment vers sa patrie familiale dans la péninsule arabique. Et le concept d’utiliser ce dont les gens n’ont pas besoin est vital. Rien n’est gaspillé. Même le titre de l’album, Aalbat Alawi Op.99, est composé à partir d’autres choses. Il s’agit en partie d’un hommage à Faisal Alawi, un chanteur populaire yéménite décédé en 2010, mais fait aussi allusion à une alba, une petite boîte en fer qui peut contenir de nombreux trésors, tandis que l’Op.99 vise à donner aux compositions le même respect que la musique classique occidentale. Ouvrez l’alba. Découvrez les trésors qui vous attendent à l’intérieur.

1. Ma’afan
2. Djaja
3. La Sama
4. Muftaha
5. Ala Al Ma
6. Alba
7. El Khat
8. Naksah Al Ras .1
9. Naksah Al Ras .2
10. Leilat Al Henna
11. Said Min A’sawad
12. Albat Alawi Op.99

Format

,