Moumneh (Jerusalem In My Heart) et Oberland (Oiseaux-Tempête) concrétisent une longue histoire de collaborations sur ce premier album studio en duo : une synthèse saisissante de leurs sensibilités respectives et partagées. Mêlant des sonorités électroniques vibrantes à des instruments acoustiques comme le bouzouk, la rababa, le clarineau et le saxophone, ponctuées par le chant en arabe de Moumneh, l’album est forgé dans l’indignation et la lamentation face à notre présent politique suprématiste et génocidaire. Entre le sensoriel et le refoulé, le premier album de Radwan Ghazi Moumneh et Frédéric D. Oberland invoque une proclamation musicale poétique d’une réalité transfigurée et d’une amnésie sociale. Ces sept titres sont le fruit d’une collaboration de deux ans, née d’une série de duos initiée par Moumneh au studio Hotel2Tango de Montréal durant l’été 2023. Le titre en arabe d’Eternal Life No End se traduit littéralement par « Une nuit sombre et maudite, à l’image des chercheurs eux-mêmes ». L’album est un cri de révolte face à l’océan d’injustice qui submerge la région du WANA, hantant la vie et l’imaginaire de vastes populations. À l’instar de Dante et Virgile dans l’Enfer de Dante, les compositions d’Oberland et Moumneh dessinent un tourbillon émotionnel, où le rêve se mêle à des percussions hypnotiques et des mélodies envoûtantes, canalisant des urgences collectives qui se répercutent à travers la voix de Radwan et les paroles en arabes. Les passages de saxophone et de clarinette d’Oberland évoquent des exhortations chamaniques contre le mal, tandis que le bouzouk de Moumneh, souvent traité électroniquement, résonne et s’amplifie dans un deuil poignant face aux tragédies qui se déroulent. Une instrumentation riche et variée étoffe les paysages sonores : daf, bongos, rababa électrique modifié, basse vibrante et autres sonorités synthétiques créées par les synthétiseurs Buchla d’Oberland et Dream de Deckard. « C’est une sorte de processus de guérison », confie Oberland à propos de cet album. « Depuis le début du génocide, j’étais complètement bloqué artistiquement, incapable de mettre des mots sur ce que vivent les gens », explique Moumneh, qui a finalement fait ses valises et s’est envolé pour Paris à l’été 2024 afin de travailler sérieusement sur l’album avec son ami de longue date. Les deux hommes avaient déjà collaboré à plusieurs reprises, notamment avec le groupe principal d’Oberland, Oiseaux-Tempête, et à travers le travail de Moumneh sous le nom de Jerusalem In My Heart, ainsi que comme producteur/ingénieur du son sur divers autres projets. Eternal Life No End s’appuie sur leur collaboration indéfectible, Oberland et Moumneh explorant de nouvelles énergies et émotions, fusionnant leurs sensibilités et révélant des résonances plus profondes. « Nous avons travaillé jour et nuit ensemble et pris des décisions claires collectivement », déclare Oberland, qui a également veillé à ce que la voix de Moumneh brille dans ces compositions – elle est chantée sur quatre des sept titres de l’album. Le duo a en quelque sorte inversé les rôles et expérimenté de nouveaux processus créatifs, Moumneh se laissant guider par Oberland et mettant de côté son rôle habituel de producteur principal au sein de Jerusalem In My Heart. “Squeal of Swine” et “Dagger Eyes” ouvrent l’album avec une force percutante, où percussions, basses synthétiques et réverbérations de bouzouki et de rababa préparent le terrain pour de la plainte en arabe de Moumneh, reflétant le mal qui submerge actuellement l’humanité. Sur le morceau instrumental “A Dream That Never Arrived”, un beat lo-fi aux accents dancehall ancre des lignes mélodiques d’un autre monde, sur fond de sound design électroacoustique créant un décalage spatio-temporel. Eternal Life No End est accompagné d’un essai audiovisuel pour le titre électronique (et vocal) “The Serpent”, réalisé par Oberland et filmé en Super 8 à Montréal, Paris et Beyrouth. On y retrouve notamment des images des manifestations pour Gaza à Paris et de la performance d’Oberland lors du 25e anniversaire du festival Irtijal à Beyrouth. La graphiste, graveuse et calligraphe libanaise Farah Fayyad signe une œuvre d’art évocatrice de serpents entrelacés pour la pochette, inspirée par ce morceau phare de l’album.

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