De sa formation au conservatoire de Belfort où elle étudiait l’orgue liturgique, Gisèle Pape a gardé un solide bagage musical ; de son passage à l’école Louis-Lumière, où elle réalisait des films expérimentaux dont elle composait la bande-son, un goût pour le montage et le travail sur la matière sonore et visuelle. Après la fin de ses études, elle se consacre plus sérieusement à la musique et développe un univers visuel, atmosphérique et singulier où les chansons ne sont jamais la simple mise en sons d’un texte. En 2016 sort Oiseau, premier EP entre tableaux oniriques et ritournelles électroniques où transparaît l’influence de la fable. Elle se voit bientôt proposer des premières parties pour Mathieu Boogaerts, La Féline, Alex Beaupain, Vincent Delerm ou encore Malik Djoudi. C’est riche de cette expérience scénique que Gisèle Pape écrit et compose le successeur d’Oiseau. Caillou, son premier album, trouve ses racines dans la dureté du contexte social de ces dernières années, ainsi que dans la prise de conscience du dérèglement climatique qui menace la planète. Si Oiseau était un huis-clos tourné vers la rêverie, Caillou s’ouvre sur les grands espaces et le monde qui nous entoure. Le ton est donné dès les premières secondes, dans les bruits d’orage et d’insectes qui ouvrent Le chant des pistes, envoûtante méditation sur les transformations successives des paysages au fil du temps, sur la trace que nous garderons des époques disparues ou amenées à disparaître. Le vocabulaire de la nature et des éléments est omniprésent sur l’album. La question du lien – avec les autres, la nature ou le corps social – traverse l’album comme un fil rouge. Si la voix qui porte les chansons est cristalline dans sa douceur, c’est avec assurance qu’elle questionne notre rapport à ce qui nous entoure et traque la beauté des instants et des échanges qui font la richesse de nos vies. Gisèle Pape a conçu, arrangé et réalisé ces dix morceaux en solo mais elle a sollicité, tout au long de l’enregistrement et du mixage, le regard extérieur de Xavier Thiry (réalisateur/arrangeur pour Fishbach ou La Féline) afin qu’il l’aide à tendre dans la direction souhaitée : celle d’un album plus pop dans ses structures, plus rythmique et plus incarné, où la voix trouve son juste espace au sein d’une riche matière musicale. Si les thèmes abordés sont parfois sombres, les chansons tendent vers une forme d’espoir en explorant la place que nous choisissons d’occuper ici et maintenant et les espaces de rêverie que nous pouvons y construire. Caillou est un pont tendu entre hier et demain, entre villes et plaines, entre l’intime et le monde : un bel album lumineux porté par un souffle poétique, auquel se réchauffer dans les heures difficiles.

Poids 0,120 kg
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