Quand Rey Sapienz avait huit ans, la République Démocratique du Congo était plongée dans la Deuxième Guerre du Congo. Le conflit a duré cinq ans et a été le plus sanglant depuis la Seconde Guerre mondiale, laissant une marque indélébile sur l’Afrique de l’Est, provoquant des migrations et des pertes de vies humaines massives. Mais Sapienz a persévéré, travaillant d’arrache-pied en tant que jeune rappeur dès ses douze ans, et s’est produit pour la première fois le jour de l’indépendance du Congo. À la fin de ses études, il se rend à Kampala pour perfectionner son art et collaborer avec des producteurs locaux mais la guerre civile éclate chez lui, et il est contraint de prolonger son séjour en Ouganda. Depuis lors, Sapienz s’est imposé comme une force avec laquelle il faut compter, en co-fondant le label Hakuna Kulala, enseignant ses compétences sur Ableton Live aux jeunes producteurs de Kampala et en sortant deux EP bien accueillis. Pour son premier album, Sapienz se lance dans un projet ambitieux qui va au-delà des instrumentations avant-gardistes de ses premiers morceaux. Aux côtés du percussionniste, chanteur et danseur traditionnel Papalas Palata et du rappeur Fresh Doggis, il forme le Congo Techno Ensemble, mettant en commun leurs compétences et leur expérience pour créer une œuvre militante à propos du passé, du présent et de l’avenir de la RDC. Sur Na Zala Zala, le trio canalise les traditions musicales riches et les tensions historiques, faisant évoluer les formes électroniques et traditionnelles en mutations de science-fiction illimités. Ces morceaux introduisent des histoires que les trois artistes ont vécues en RDC, ajoutant aux rythmes radioactifs de techno-dancehall des rimes radicales à cœur ouvert. Sur « Posa Na Bika », Fresh Dougis rappe sur un rythme syncopé clairsemé et minimal. Le morceau prend place dans un espace onirique, avec des boucles vocales obsédantes dansant autour de puissants mots en lingala de Dougis. Ailleurs, sur le claquetant “Dancehall Pigme”, les rythmes métalliques de Sapienz brûlent sous les chants passionnés de Papalas. Les chansons brossent un tableau tragique, tout en révélant l’espoir et la passion de trois esprits créatifs racontant des vérités difficiles. Na Zala Zala est un cocktail enivrant de futurisme stylistique et de dure réalité qui pourrait être comparé aux expériences électroniques révolutionnaires de Zizou Bikaye ou Danis Mpunga & Paul K mais qui, marqué par les récentes cicatrices de la RDC, est un travail vital qui se démarque douloureusement par lui seul.

  1. Dancehall Pigme
  2. Esala Rien
  3. Eza Makambo
  4. Posa Na Bika
  5. Zuwa Ba Risk
  6. 96
  7. Na Zala Zala
  8. Santonge
  9. Minzoto

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