Au milieu de changements massifs des paradigmes mondiaux, Dave Hartley, bassiste de The War On Drugs, est devenu père à deux reprises et a quitté sa Philadelphie natale pour Asheville, en Caroline du Nord, où le rythme du quotidien est plus lent et où il est plus facile de maintenir une perspective distanciée sur la vie moderne. Depuis le nouveau refuge de son home studio, Hartley alias Nightlands a conçu Moonshine, une collection finement ciselée de morceaux pop rock. Guidé par certaines des sensibilités harmoniques qui ont contribué à faire de The War on Drugs une force de la musique actuelle, Moonshine combine des pistes vocales épurées mais denses et des nuages de claviers à effets avec un songwriting plus classique, révélant ainsi des surfaces inédites dans le paysage onirique de Nightlands. La pochette surréaliste de l’album, réalisée par Jaime Zuverza, illustrateur basé à Austin, au Texas, représente une arche s’ouvrant sur les étoiles, au-dessus d’une mer idyllique flanquée de la lune et du soleil. De même, Moonshine révèle des portails imbriqués les uns dans les autres, menant toujours plus profondément dans son labyrinthe vocal. Tout au long de l’album, il y a beaucoup d’ambiances planantes où le crépitement de la boîte à rythmes et le bourdonnement de l’orgue digital font allusion à la tendance tropicaliste discrète de Hartley, mais les paroles ancrent la rêverie dans la tristesse et la résignation du monde réel. Ces sentiments ne sont nulle part plus apparents que sur la chanson titre, une récitation presque a capella de l’hymne patriotique « America the Beautiful » qui plane de manière poignante sur un mirage de claviers avant de se fondre selon ses propres mots sur l’hypocrisie du rêve américain. Ce disque n’a jamais été conçu comme ouvertement politique, mais Dave a décidé d’évacuer sa colère et sa frustration née des événements actuels dans les paroles. La toile de fond instrumentale utopique de Moonshine offre un contraste saisissant avec les textes qui piquent encore plus fort dans la douceur. Même si l’album met l’accent sur la voix, son histoire en tant que bassiste transparaît brillamment dans Moonshine, donnant un mouvement sans effort et plein d’entrain à des chansons comme « Down Here », qui comporte également une longue section de saxophone, fournie par son compagnon du label Western Vinyl, Joseph Shabason. L’album accueille une courte liste de collaborateurs, dont quatre des membres de The War on Drugs, Robbie Bennet, Anthony Lamarca, Eliza Hardy Jones et Charlie Hall, ainsi que le virtuose de l’exotica Frank Locrasto (Cass McCombs, Fruit Bats) et le producteur Adam McDaniel (Avey Tare, Angel Olsen). Dave a été contraint de s’occuper de la majorité du travail sur l’album, jusqu’au mixage, et à réaliser l’effort le plus indépendant de sa carrière. De ce point de vue, Moonshine est aussi l’image la plus claire de Dave Hartley en tant que personne et créateur.

  1. Looking Up
  2. Down Here
  3. Stare Into the Sun
  4. Greenway
  5. Moonshine
  6. With You
  7. Blue Wave
  8. No Kiss for the Lonely
  9. Break My Bones
  10. Song for Brad
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